Télérama - vous reprendrez un peu de dessert ?
Irrésistible, voilà de quoi égayer une journée : la critique Télérama à propos de "American doll posse" de Tori Amos :
Les 4 "ffff" se méritent :
Toujours aussi culottée, Tori Amos signe un étourdissant brûlot anti-Bush. Un de ses meilleurs albums.
Tori Amos a beau disposer depuis des années déjà d’un des plus fidèles et ardents fan-clubs internationaux, elle demeure snobée et mal aimée par nombre d’inconditionnels de ses consœurs tout aussi pétroleuses et dérangeantes, comme Björk, PJ Harvey ou Regina Spektor. Et c’est une profonde injustice. A se demander s’il ne faut pas voir dans le rejet qu’elle suscite la perpétuation de la malédiction des rousses. Longtemps on a reproché à l’Américaine Tori Amos d’être à Kate Bush ce qu’Obispo est à Polnareff. Une opportuniste s’emparant des maniérismes vocaux et du style (son premier hit, Crucify, en particulier) de l’intouchable et rarissime Anglaise. Mais il suffisait d’un minimum d’attention et d’objectivité pour découvrir qu’on pouvait parfaitement apprécier les deux.
Car Tori Amos s’est rapidement révélée une artiste majeure. Avec le temps, au gré d’une discographie touffue, elle s’est même imposée comme une sorte d’équivalent féminin de Tom Waits. Une chanteuse qui ne craint jamais de tordre sa voix dans tous les sens, doublée d’une pianiste accomplie prête à aborder tous les genres musicaux et à toutes les audaces, du piano-bar le plus rétro au rock industriel le plus audacieux. Forcément, tout ne lui réussit pas, et Tori Amos a un petit défaut : ses disques sont souvent trop longs et gagneraient en cohésion, en puissance, avec quelques titres de moins. American Doll Posse n’échappe pas à la règle. Mais c’est bien le seul reproche qu’on pourrait faire à cet album, un des meilleurs qu’elle ait enregistrés.
A l’instar de son étonnant recueil de reprises iconoclastes, Strange Little Girls, Tori s’y est de nouveau amusée à se démultiplier, à emprunter plusieurs identités physiques et vocales : incarnant tour à tour cinq alias représentant la jeune fille américaine d’aujourd’hui, elle poursuit, titre après titre, sa charge contre l’Amérique de Bush, en espérant, dit-elle, « réveiller enfin la conscience politique de ses compatriotes de 18 ans ». Le miracle est qu’American Doll Posse, loin du pensum militant qu’on pourrait imaginer, présente un étourdissant kaléidoscope de chansons passionnées, enflammées, sensibles, provocantes et drôles qui, grâce à des arrangements et des traitements des plus variés, évitent la monotonie. Il y en a vingt-trois en tout. C’est beaucoup. Vous n’avez pas fini d’en faire le tour.
Hugo Cassavetti
18/05/07 - 13:01
Houa , ça c'est de la critique constructive... Merci à toi ; ))
patamoud